Des taches noirâtres parcourent mes murs immaculés. Un monde qui se décompose, qui renaît sous sa forme véritable, moins désirable : la volonté profonde de ne jamais voir apparaître la décrépitude...
Alors, il faut frotter, encore et toujours afin de faire disparaître l'objet suspect, l'objet honteux : le combat perpétuel entre force de la nature et désir humain. Frotter pour que tout revienne blanc comme avant, frotter à en faire des trous dans les murs. Mais le moisi est toujours le plus fort, il vous regarde, perché sur son mur ou blotti dans un cahier, et vous dis : « Tu vas mourir, et ta mémoire ne seras que poussière ». Il sème alors son duvet nauséeux un peu partout, et ne vous donne pas le choix, il faut accepter. Jamais rassasié, jamais de trêve
S'il le pouvait, il s'installerai sur votre propre dos, et vous mangerai petit à petit, lentement, mais sûrement, comme un chacal attendant votre agonie.
D'ailleurs, le temps et le moisie sont étrangement lié, comme par un pacte entre deux vieux frères qui n'ont rien en commun mais projette le même but final : tout doit disparaître.
Le temps est l'ennemi invisible, le moisi, le tueur à gage, le temps ordonne, le moisi décompose et détruit la preuve de votre existence. Et cette odeur qui vous suit, l'odeur de votre mort à venir.
Tuons la vermine.
Elle se nomme Helena, c'est la fille du second, la voisine qui ne sort jamais de chez elle, et c'est le genre de pensée qui traverse son esprit continuellement. Elle reste prostrée dans son appartement depuis au moins trois ans, à cause d'une sale histoire.
Chacun vit plus ou moins bien son insalubrité, moi, ces quatre murs qui m'emprisonnent, je m'y suis fait. Elle, elle y pense chaque soir, elle regarde chaque centimètre de sa chambres, la buée sur les fenêtre l'insupporte, je ne sais pas comment elle fait, mais elle affirme y voir la vie, la mort, le temps, que sa vie tourne autour de la décomposition....
C'est une folle, une névrosée.
Le soir, je l'entends crier et se débattre dans son lit : « Je meurs ce soir !! Recouvre moi si ça te plait !! », et puis tout redevient calme dans l'immeuble, après sa crise, elle s'endort comme si de rien n'était.
Voila, c'Est-ce qu'elle disait chaque soir depuis trois ans. Elle parlait avec son compagnon imaginaire, incapable de sortir de sa torpeur.